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Journalmyllia

Première pageModifier

Je ne risque rien. Ce n’est pas dangereux. Un livre ne parle pas, alors je peux lui raconter mon histoire, l’écrire sur ses pages vides et jaunies. Je sais qu’il ne dira rien. Et lorsque je le refermerai doucement, exposant de nouveau sa couverture de cuir noir à la lumière, personne ne saura ce qu’il contient, personne ne lira ce que j’écris de ma plume au bout tinté d’encre bleue sombre. Personne ne saura…

Ma nourrice ne m’avait jamais autorisé à faire cela, écrire dans un livre. Les livres sont fait pour apprendre me disait-elle. Alors j’apprenais, en silence. Je lisais beaucoup, je n’avais guère autres chose à faire lors de ces longues journées qui se ressemblaient toutes, coincées dans une nuit qui semblait éternelle, enfermée depuis toujours dans le Manoir. Ma nourrice disait que c’était Père et Mère qui avaient ordonnés que je reste ainsi cloîtrée. C’était injuste. Je passais donc la plupart de mon temps dans la grande bibliothèque, à m’instruire. Et parfois, j’allais aussi dans le petit salon pour jouer du piano. Je me rappelle très bien du grand sofa bleu et or qui se trouvait entre les deux grandes fenêtres qui étaient divisées en des dizaines de petits carreaux. Lors des belles journées, lorsque je jouais du piano, je pouvais voir la lune éclairer la neige de sa lumière froide. Ces jours là, la lumière que diffusait la grande cheminée me paraissait plus chaleureuse, je jouais des mélodies plus joyeuses, espérant qu’un jour, le soleil se lèverait. Parfois, ma nourrice m’accompagnait au violon. Comme elle jouait mal… Les sons qui sortaient de son instrument semblaient aussi grinçants que sa voix, pour le peu de fois qu’elle m’adressait la parole. Mais je ne pouvais le lui reprocher. Alors je continuais de jouer, les yeux fermés, essayant de ne pas écouter la mélodie de ce violon qui semblait hurler de rage, agressant mes oreilles. Lorsque j’ouvrais de nouveau mes yeux, je la voyais, me regardant avec mépris et haine. Je sais qu’elle m’a toujours détesté, car, par ma faute, elle était condamnée à rester enfermée dans le Manoir, tout comme moi. Je partais alors souvent dans ma chambre, le visage impassible, mais le cœur meurtri. Je n’ai jamais connu le nom de ma nourrice, jamais elle n’a voulu me le dire. Elle était un mur de silence, comme tout le Manoir. Je m’asseyais de longues heures sur le fauteuil rouge, devant la cheminée de ma chambre. Au dessus trônait un grand tableau représentant Père et Mère. Plus je regardais ce tableau, plus je les trouvais cruels, ainsi placés, fiers, à m’observer de leurs yeux sans expressions. Savaient-ils seulement à quoi je ressemblais? Jamais je ne les avais vu. Et eux ne semblaient pas vouloir me voir. Alors, souvent, j’allais me placer devant ma fenêtre. De là, je pouvais voir la ville, qui était à quelque kilomètres, éclairée de mille feux. Elle était si proche… Mais pour moi, ce n’était qu’un rêve lointain, un désir de liberté auquel je ne pouvais accéder. Mais jamais, jamais je n’ai pleuré. Parce que je pensais que tous les enfants vivaient ainsi.


Seconde pageModifier

Voilà que pour la seconde fois, j’ouvre ce livre. Je regarde la première page qui n’est maintenant plus blanche. C’est étrange de raconter son histoire ainsi. Mais il semble que j’en éprouve un grand soulagement. Alors je fais glisser ma plume sur une nouvelle page, laissant mes souvenirs s’étendre en silence.

Je me souviens… Le jour où je me suis rendue compte qu’il n’était pas normal que je sois ainsi enfermée. J’avais presque douze ans. Ce jour là, j’étais devant la fenêtre de ma chambre. Les petits flocons de neige tombaient comme au ralentit, comme si les gros nuages qui les contenaient étaient percés de milliers de petits trous. Je me rappelle le reflet des flammes qui crépitaient dans la cheminée. Il faisait si froid. Mes yeux regardaient au loin, captivés par les lumières de la ville. Je rêvais de sortir du Manoir. Mais je fus alors prise d’un profond doute. Je tirais sur la fine cordelette dorée à côté de mon lit. Elle actionnait une clochette qui prévenait ma nourrice de mon appel. Cette dernière arriva rapidement, ses petits yeux méprisants encore endormis, ce qui était plus que normal aux vues de l’heure tardive qu’il devait être. Elle s’arrêta devant moi, et daigna m’adresser la parole après une révérence bâclée. Ma nourrice me demanda la cause de sa venue à une heure si avancée. Je lui posais alors la question qui brûlait mes lèvres depuis si longtemps : Quand pourrais-je sortir du Manoir ? Sa réponse fut sèche et sans appel : Jamais. Je sentis alors mes mains se mettre à trembler, et le regard de ma nourrice posé sur moi, le visage neutre. Mais je voyais, tout au fond de ses yeux maintenant bien éveillés, une lueur moqueuse, méchante. Elle m’expliqua d’une voix railleuse que Père et Mère avaient simplement décidé que je n’étais pas faite pour être exposée aux yeux des autres aristocrates. Mes jambes se dérobèrent alors sous moi. C’était maintenant tout mon corps qui tremblait. Mon esprit volait en éclat, n’arrivant pas à assimiler cette révélation. Ma nourrice me regarda une dernière fois, et sortit de ma chambre. A cet instant, je jurerais avoir vu un sourire se dessiner sur son visage. Je restais ainsi seule, à genoux sur l’épais tapis orné d’arabesques qui se trouvait devant ma cheminée. Plusieurs heures s’écoulèrent sans que je ne bouge. Quelque chose en moi s’était brisé. Les jours qui suivirent, je restais allongée dans mon lit, amorphe, sans prendre aucun repas. Puis, petit à petit, je me remis doucement à vivre, mais mon corps, lui, se refusa à changer. Je fis cette cruelle constatation deux ans après cet événement. J’avais quatorze ans, mais mon corps était resté celui d’une jeune fille de presque douze ans.


Troisième pageModifier

Une nouvelle page. Je la regarde. Le papier ne semble pas très lisse. Mais ce n’est pas grave, cela lui donne un certain charme. Je n’ai pas encore parlé d’Hernest. Pourtant, il était là pendant de nombreuses années, à me tenir compagnie. Alors il est bien normal que je lui consacre une page.

Un jour, il est apparu, comme ça, venu de nulle part. J’avais sept ans. Et je me sentais seule, tellement seule… Il était là, se reflétant sur le miroir de ma commode, alors que je terminais de coiffer mes cheveux ondulés. Comme il était grand, avec son étrange masque blanc et sa grande cape noire, portant un chapeau de la même couleur. Ses deux grosses mains velues étaient posées sur mes frêles épaules. Je restais alors interloquée, incapable de bouger. Mais je n’avais pas peur, cette étrange créature ne m’effrayait pas. Je me demandais simplement comment cet être pouvait se trouver là. Lentement, je me suis retournée pour constater qu’il n’était pas derrière moi. Et lorsque mes yeux se posèrent de nouveau sur le miroir, il avait disparu. Plusieurs jours passèrent sans que je ne le revois. Je restais intriguée malgré tout, et je cherchais cet étrange personnage dans tout le Manoir, sous les yeux effarés de ma nourrice qui se demandait si je n’avais pas perdu la raison. Elle n’avait peut-être pas tout à fait tort… C’est un matin, alors que je m’étais réveillée tôt et que je regardais dehors par la fenêtre de ma chambre, que je l’ai vu de nouveau, dans la neige, non loin des arbres. Il me regardait, à travers les orbites vides de son masque, je le savais. Les flocons blancs ne semblaient pas le toucher, comme si, par peur, ils s’écartaient de ce personnage sombre qui ne m’effrayait pas. Je me rappelle avoir posé ma petite main blanche laiteuse sur le carreau glacé de la fenêtre. J’aurais aimé pouvoir le toucher. C’est à ce moment là que ma nourrice fit irruption dans ma chambre. Je ne pu m’empêcher de sursauter, comme si je venais d’être prise en flagrant délit d’avoir fait une grave bêtise. Je me rappelle parfaitement l’expression agacée de ma nourrice, qui était exaspérée par l’étrange comportement que j’étais en train de développer. Si elle avait su, à cet instant, ce qui lui arriverait bien des années plus tard, elle serrait sans doute parti en courant de ce Manoir maudit, malgré l’interdiction formelle qui lui avait été donnée. Alors que je regardais ma nourrice, mes yeux dévièrent de nouveau vers la fenêtre, regardant vers l’extérieur où se trouvait l’étrange être. Il n’était plus là. Et lorsque je me retournais vers ma nourrice, il était là, derrière elle, un grand couteau placé dans une de ses mains velues, prêt à s’abattre sur ma nourrice. Je plaquais alors mes mains sur ma bouche pour ne pas hurler, fermant mes yeux aussi fort que je le pouvais. Mais rien. Pas un son, pas un cri, rien. Lentement, j’ouvris de nouveau les yeux. Ma nourrice était toujours là, bien vivante, et la créature avait disparu. Les jours qui suivirent, ma nourrice me regardait étrangement, comme si elle aurait préféré m’éviter. Régulièrement, l’étrange créature réapparaissait, brisant les fenêtres, mettant le feu au Manoir. Je m’étais décidée à nommer cet être Hernest. Parfois, il venait simplement me voir, me prenant dans ses long bras poilus, me prodiguant une certaine affection, bien que fausse. Plus le temps passait, plus les événements devenaient de plus en plus réalistes. Mais un jour j’ai fini par comprendre que j’étais la seule à voir tout ceci. Ma nourrice ne voyait rien, et avait commencé à prendre l’habitude de m’enfermer dans ma chambre pour ne pas entendre mes «divagations»… Et plus elle m’enfermait, plus Hernest apparaissait. Il faisait couler du sang sur les murs, faisait sortir des chaînes, et des yeux, des centaines d’yeux qui flottaient dans ma chambre. Je sentais sa respiration sifflante à côté de moi, appel sourd qui me guidait vers une certaine folie. Ce n’est que bien plus tard que j’ai compris qu’il n’était en fait que le reflet de mes plus noirs désirs.


Quatrième pageModifier

Encore une page. Quand vais-je m’arrêter? Pourquoi est-ce que je raconte tout cela? J’apprécie ce sentiment de soulagement lorsque ma plume glisse sur le papier, mais pourquoi cela cesse t-il dés que je referme ce livre noir? Je serrais capable de tuer pour garder encore quelque peu la sensation d’être libérée…

Peut-on être jugé pour avoir tué quelqu’un? Si c’est le cas, c’est injuste. Car parfois, la personne qu’on a tuée le méritait grandement… Je ne supportais plus qu’elle m’enferme ainsi, ou qu’elle reste à côté de moi pour surveiller mes moindres faits et gestes. Pourquoi devais-je subir cela?! Je ne lui avais rien fait. Alors pourquoi ma nourrice s’en prenait-elle à moi avec une telle cruauté? Cela faisait trois jours qu’elle m’avait enfermée dans ma chambre. Quelle ironie, c’était celle qui devait être à mon service qui avait tous les pouvoirs… Je n’en pouvais plus, je me balançais d’avant en arrière sur mon fauteuil depuis de longues heures déjà, les yeux rivé sur les flammes qui dansaient dans la cheminée et qui donnaient une couleur orangée à mon épaisse robe beige. Et il était là. Hernest. Juste devant la fenêtre, il m’observait, impassible. Comme il m’exaspérait à être ainsi… J’en avais assez de le voir, assez que ma nourrice m’enferme ainsi, assez de ce Manoir, assez de cette vie néfaste qui me rongeait sans aucun scrupule. Je lui avais hurlé qu’il parte, chose qu’il fit. Mais une fois que je fus seule, un étrange sentiment commença à monter en moi. Je suffoquais de plus en plus, enfermée dans cette chambre que j’avais fini par haïr. Il me fallait de l’air, je voulais sortir de cet endroit, partir du Manoir. De colère, j’attrapais la petite chaise en bois de ma commode, avant de l’envoyer s’écraser sur la fenêtre. Les carreaux volèrent en éclats dans un fracas qui ressemblait à un délicat tintement à mes oreilles. Comme c’était doux, tous ces petits morceaux de verre qui tombaient par terre, étincelants grâce à la lumière qui émanait de la cheminée. Une bourrasque de vent glacé entra dans ma chambre, déposant des nuées de flocons blancs sur le sol, et faisant trembler le feu qui jusque là m’avait réchauffé. Je frissonnais, mais c’était tellement agréable de sentir cet air frais caresser mes joues devenues rouges à cause du froid. Je m’étais avancée jusqu'à bord de la fenêtre, les morceaux de verres craquants sous mes pas hésitants. La neige me semblait soudain différente, très douce, presque chaleureuse, comme si elle m’invitait à sortir pour aller jouer avec elle. Un petit flocon blanc dansa devant mes yeux, avant de se poser sur le bout de mon nez. Je me mis à rire. Tout cela n’avait aucun sens, mais c’était tellement fabuleux. Mais quelque chose me fit sursauter. Le déclique d’une clé dans la serrure de ma porte. Sans réfléchir, j’attrapais un long bout de verre dans ma main, que je cachais dans mon dos. Un instant plus tard, ma nourrice était entrée, et me regardait avec un air éberlué. Et en moins de temps qu’il n’aurait fallut pour le dire, elle hurlait déjà, brisant le délicat silence que le froid avait imposé dans ma chambre. D’un pas rapide, elle s’était avancée vers moi. Je me rappelle l’avoir vu lever sa main, dans une colère noire. Je ne sais pas pourquoi… Mon bras à réagit tout seul. Mais dans le miroir face à moi, je le voyais. Hernest. Son image était superposée à la mienne. C’est peut-être parce que j’étais captivée par ce qu’il se passait dans le miroir que je ne me rendis pas tout de suite compte de ce que j’avais fait. Et pourtant… Ma nourrice était à genoux, une expression d’effroi installée sur son visage crispé. En baissant légèrement les yeux, je pu voir un épais liquide rouge s’écouler d’une plaie béante, et tomber sur le sol dans un bruit de goutte à goutte. Puis mes yeux se posèrent sur ma main. Elle serrait fermement le morceau de verre, qui avait entaillé ma peau blanche. De stupeur, je lâchais le bout de vitre tranchant, qui tomba au sol presque sans un bruit, avant de faire un pas en arrière, faisant tomber ma nourrice à plat ventre. Cette dernière poussait des plaintes, me suppliant de l’aider. Pourquoi aurais-je fait cela? Elle qui avait toujours été hostile à mon égard. Sans aucune pitié, je contournais ma nourrice qui était à terre, et partais de ma chambre en courant. Je savais où j’allais. Ma lourde robe tachée de sang me ralentissait beaucoup, mais ce n’était pas grave. La grande porte du Manoir. La promesse d’une liberté tant espérée. Je posais mes petites mains sur la grosse poignée en argent. Mais au moment de la baisser, je me stoppais. Pourquoi ? Je ne sais pas. Sortir me faisais peur. Je me souviens être restée plusieurs heures devant cette porte, avant de rebrousser chemin, et de partir dans le petit salon avant de me mettre à jouer du piano. Deux jours plus tard, les Sans Destin arrivèrent, et me firent quitter mon monde à l’agonie. --Khaotil 8 juin 2008 à 07:45 (UTC)

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