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Soif d’un Pirate ou la jeunesse de Rei Skylow


Prologue : La naissance d’un Skylow Modifier

Sous un ciel brumeux, sous une tonne de rapaces prêtent à attaquer leurs proies et sous le regard envieux d’un satellite naturel, bleu océan, et dans les cris les plus perçants jamais rencontrés dans tout Altala, naît ¬¬un enfant qui sera un jour l’homme le plus craint du pays. Son père, est accroupit près de la pauvre femme, qui souffre pour le bébé. Le regard de l’homme est impassible, même pas un sourire ou une larme de joie à travers son immense barbe noire sale et pourrie qui trône son visage.

- J’espère au moins qu’il fera un bon pirate… commente-t-il à travers ses dents noires. - Tu ne penses donc rien qu’à toi ! s’efforce de répliquer la femme, qui met cœur et âme à travers l’accouchement. - Non mais c’est que j’aimerais quand même qu’il devienne fort de autoritaire comme l’est son père. - T… t… tais-toi ! Salop ! - Ah… alors c’est comme ça qu’on remercie le père ? - Tu n’as rien fais pour cet enfant et tu ne fera jamais rien !

Le vieux pirate éclate d’un grand rire grave qui résonne à travers la nuit étoilée.

- Tu me fais bien rire, chéri. dit-il, en tapotant le front, en sueur, de la femme avec sa grosse main poilue.

La femme ne réplique que par un énorme crachat en plein visage, et le pirate ne semble guère apprécier.

- Quand cet enfant naîtra enfin, il sera sous ma charge et j’en ferai l’un des meilleurs pirate dans tout Altala, je te le jure. - Tu n’es qu’un égoïste… Bill Skylow !


Chapitre I : Pirater n’est pas qu’un verbe Modifier

Dans une petite cabine, dont seulement quelques bougies éclairaient l’endroit, un vieil homme, aux cheveux grisâtres et aux petites lunettes sur le bout du nez, qui se distinguaient avec sa présence sur un bateau de pirate, était assit sur une chaise qui ne semblait pas très sécuritaire. Les murs de la cabine étaient fait de billots de bois, d’un brun foncé et une table et deux chaises occupaient la petite pièce. Un petit garçon, au regard téméraire regardait la couverture d’un livre de la même couleur que les mûrs de la cabine.

- Comment veux-tu que je réussisse à lire ça ?! s’exclama le petit bonhomme. - Ne me parle pas comme ça, petit insolant. Ton père m’a chargé de t’apprendre quelque chose. Je me dois de le faire.

Malgré l’air calme du vieil homme, celui-ci ne pu s’empêcher de rougir de colère face à l’attitude du petit garçon. En effet, celui-ci se faisait donner la leçon par l’homme qui s’efforçait, chaque soirs, d’encaisser les répliques du jeune rebel.

- Maintenant tu vas me faire un plaisir de lire la première phrase de ce livre. ordonna l’homme d’un ton stricte mais calme. - Écoute, le vieux, ton livre est un des plus désagréable à lire dans tout Altala au complet. Et de toute façon, je ne sais même pas lire un mot ! Ce qui prouve que tu n’es un bon professeur pour moi. Je vais le dire à mon père et il va te… - Non, non ! s’exclame le vieil homme qui a perdu son calme habituel. S’il te plaît Rei, soit clément avec moi. Tu sais ce qui se passe quand ton père n’est pas satisfait du boulot d’un de ses matelots.

Le jeune garçon éclata de rire, encore plus aigu que sa petite voix d’enfant de 8 ans. Il passa une main dans ses cheveux bruns, qui lui cachait ses yeux, et posa son regard droit dans les yeux du vieil homme en s’appuyant sur la table. Le dénommé Rei prit un air maladroitement sévère et balança le livre à travers une vitrine de la cabine. Celle-ci se cassa violemment et le livre sombra lentement dans la mer d’Altala.

- Petit… petit insolent ! cria de colère le pauvre homme qui sauta au cou de Rei. Tu vas regretter d’être venu au monde mon petit ! » cria-t-il plus fort, en étranglant le jeune garçon, à qui les larmes montèrent aux yeux.

Puis, lorsque le jeune garçon commençait à manquer d’air, un coup de feu se fit entendre. Les mains ridés du vieil homme relâchèrent lentement le cou de sa « victime », ses yeux devinrent vides de toute conscience en quelques secondes à peine et le vieil homme régurgita quelques goûtes de sang sur le visage, qui avait prit une teinte plutôt pâle, du jeune garçon, étendu par terre, avec un cadavre sur les bras.

Un homme, beaucoup plus jeune que celui qui venait de mourir, se trouvait derrière, avec pistolet dans les mains, encore fumant. Il fit un énorme sourire à son fils, en soufflant dans le canon de son arme à feu.

- Il ne t’embêtera plus fiston. dit-il, sans se soucier du regard traumatisé du jeune garçon. - Mais… papa, pourquoi lui as-tu fais ça ? demanda-t-il, presque craintif que son père lui réserve le même sort qu’à l’homme qui se trouvait sûr lui. - Parce qu’il te dérangeait, je me trompe ? - Oui mais… je… je ne voulais pas… - Bon, tais toi ! Aide moi à jeter le corps dans la mer.

Son père, venait de tuer un de ses hommes, et c’était de sa faute. C’était lui qui avait provoqué son professeur, et c’était de sa faute si celui-ci avait essayé de l’étrangler. Mais… son père, Bill, avait autant d’aisance que quelqu’un venant d’écraser un moustique avec son doigt. Comment pouvait-il garder son habituel sourire derrière sa barbe noire, alors qu’il venait de tirer, jusqu’à la mort, un vieil homme ?

Bill prit le cadavre, qui était toujours sur Rei, et le jeta par la fenêtre, déjà cassé par le livre qu’avait lancé précédemment le jeune garçon. Le pirate aida son fils à se relever et lui enleva, de son doigt crasseux, le sang sur son visage.

- T’en fais pas fiston. dit-il en lâchant un petit rire. J’ai plein d’autres matelots encore. Allez ! Au lit maintenant ! Demain nous devons accoster pour allez se faire un peu d’argent. Toi tu resteras sur le bateau d’accord ? Comme un bon pirate. - Je… oui… d’accord. fit le pauvre bonhomme, qui était toujours autant traumatisé par ce qu’il venait de voir.

Il quitta la petite cabine, d’un pas lent, et se dirigea jusqu’à son lit. Lorsqu’il se blottit dans ses couvertures de laines, probablement volées, les images du vieil homme, mort, ne faisait que hanter ses pensées. Il le voyait, cracher son sang foncé et visqueux, puis il voyait son père, avec un énorme sourire, comme si il était fier d’avoir fait ce qu’il venait de faire. Qu’est-ce qu’était son père ? Pourquoi Rei avait-il à subir tout ça alors qu’il n’avait que 8 ans ? Plus celui-ci pensait et essayait, désespérément de s’endormir, plus les images du cadavre sur lui revenaient souvent. Son petit lit, qui craquait au rythme des vagues qui cognaient lentement le bateau, voulait presque céder tellement les mouvements du jeune garçon étaient brusques. Il ne réussissait pas à trouver le sommeil. Il avait beau pensé à des choses joyeuses, à chaque fois le visage du vieil homme lui revenait. Ses yeux vert foncé se promenaient constamment dans la pénombre qui régnait dans la petite pièce. Rei devait tourner et se retourner depuis plus d’une bonne heure, et cela lui avait parut une éternité. Comment un jeune garçon pouvait se sentir bien après avoir vu tuer un homme si aisément ?

Finalement, la nuit passa au complet. Rei avait à peine dormit une heure complète et il se sentait mal. La sueur perlait encore son front et ses membres lui faisaient mal tellement il avait eu du mal à trouver le sommeil. Malgré les quelques rayons de soleil orangés qui traversait les hublots, la pièce était froide. Les petites dents de Rei claquaient sur un rythme constant, et le pauvre petit garçon tentait tant bien que mal de se réchauffer avec les quelques couvertures qu’il avait sur lui. Les autres pirates tant qu’à eux, étaient déjà tous sortit de leur hamac, situé à la calle, et se faisait déjà crié dessus par Bill, son père. Comment pouvait-il aimer la piraterie ? Ce qui, selon Rei, se résumait à : tuer, se faire donner des ordres, dormir, manger et boire de l’alcool. Quel était le plaisir là dedans ?

Un homme entra dans la chambre spécialement construite pour Rei. Il était grand et maigre. Quelques poils noirs couvraient son crâne et il souriait au jeune garçon, démontrant ses dents jaunes et pourries, certaines à moitiés cassées, avec le temps.

- Hey ! P’tit matelot ! fit-il d’une voix rauque, mais tout de même aigu. Lève-toi ! Il est déjà 5 heures du matin et nous avons du boulot qui nous attend.

Rei se leva, péniblement. Son air à demi enjoué habituel avait disparu pour laisser place à un air plus qu’endormit. Ses yeux rouges lui rendaient la vue difficile, ses jambes avaient peine à le supporter et ses cheveux bruns, normalement bien lisses, étaient en bataille sur le haut de sa tête.

- Allez ! Magne-toi le cul bon sang ! Ton père va encore me crier après sinon ! - Non mais tu vas la fermer ta gueule… ? répondit le jeune garçon, d’une voix à peine audible et d’un débit plus que lent.

Le pirate serra des poings et son visage se crispa. Un bon matelot comme lui ne devrait jamais se laisser narguer par un jeunot comme Rei, mais si il le frappait, Bill pouvait bien le tuer, alors il se résigna et laissa passer le jeune près de lui. Celui-ci se dirigea, la tête baissée et en fixant les planches qui composait le plancher du pont. De nombreux hommes étaient à leur tâche. Sur le haut du mat, à la barre, certains même faisaient le ménage de la calle, d’autre astiquait les canons, tout ça sous les ordres du capitaine Bill Skylow, le père de Rei. Celui-ci tenait le gouvernail, d’un air bien fier, tout en continuant de donner ses ordres à ses moussaillons. Puis, il aperçut son fils, et s’approcha de lui, en n’oubliant pas de prendre un homme par le collet et de le balancer sur le gouvernail pour qu’il s’en occupe.

- Tu n’aide pas mes hommes fiston ? dit-il d’un ton à la fois déçu et directe. - Je n’ai pas le goût. répondit celui-ci, sèchement. - T’as pas le goût… ?! Goût ou pas, un pirate doit toujours faire ce qu’il doit faire, même si n’en a pas envie. - Tu veux me faire la morale… ? Mais tu…

Il arrêta… non, il allait trop loin. Si il tenait trop tête à son père… peut-être pouvait-il le tuer aussi froidement qu’il l’avait fait avec le vieil homme, la veille. Il s’arrêta… et s’avisa.

- D’accord… dit-il en soupirant. Que veux-tu que je fasse ? - Bon ! s’exclama son père, en affichant un énorme sourire derrière sa barbe. Ça c’est mon fiston ! Allez maintenant, tu vas aller astiquer les boules de cannons, compris ? Et je veux que ça brille ! - Oui papa…

Le jeune pirate tourna les talons, et marcha d’un pas lent vers la calle. Il descendit les quelques marches et se retrouva devant un tas de boulets. Son visage se crispa de colère. Dans un élan de folie aveugle, il donna un coup de pied sur un des boulets. Celui-ci roula un peu plus loin mais les autres, soutenus par celui-ci, dégringola l’immense tas. Il y avait maintenant des boulets de canons partout, et un Rei, en dessous de tout ça, avec les orteils rouges, la mine digne d’un déprimé, et les yeux mi-clos.


Chapitre II : Lorsque le corbeau fait son nid Modifier

Cela faisait près de 2 semaines que Rei avait vu son père tuer ce vieil homme. Les nuits commençaient à être moins longues et les cauchemars laissaient tranquillement place à des sommeils profonds sans rêves. À chaque nuit, lorsque les marins dormaient dans la calle, et que le seul bruit qui régnait sur le pont était le mouvement des vagues constant qui se frappaient sur la coque, Rei aimait bien monter tout en haut du mat. Pour regarder le satellite naturel, bleu, Yova, et la mer qui s’étendait à perte de vue. Tout là haut, il se sentait libre, le vent lui caressait les joues et entremêlait ses cheveux dans un silence le plus total. Le garçon fermait les yeux, et il sentait qu’il pouvait tout faire, qu’il était surpuissant et que rien ne pouvait l’empêcher de faire ce qu’il voulait. Mais lorsque le vent s’arrêtait, que Yova disparaissait et que les matelots se réveillaient, Rei revenait à la dure réalité d’un pirate. Être soumit à des ordres jusqu’à ce que tu périsses lamentablement pendant un pillage.

Mais Rei profitait, bien souvent, de la nuit entière pour réfléchir, pour pensé. En particulier à sa mère, qu’il n’avait jamais connu. Selon son père, c’était une esclave qui passait son temps à ne penser qu’à elle. Le vieux capitaine avait aussi utilisé le terme « salope », mais Rei n’en avait jamais comprit le sens.

Puis, alors que la nuit ne faisait que débuter, Rei entendit un petit cri strident, agaçant pour les oreilles. Il leva les yeux et un corbeau volait au dessus de lui. Les oiseaux… eux ils étaient vraiment libre. Ils pouvaient voler à leur guise, manger comme ils voulaient en prenant la nourriture laissée sur des bateaux abandonnés, et tout ça, sans la moindre restriction. Le corbeau continuait de crier et tournant autour du mat. Bill avait dit à son fils, un jour, qu’un corbeau criant, était signe d’un mauvais présage. Pourquoi croire ces sornettes ? Les marins avaient tellement de superstition… probablement pour soulager leur peur de mourir.

Au rythme du cri du corbeau, qui volait toujours aussi bas, Rei sentit, lentement, ses paupières se fermer. Il n’avait pas dormit beaucoup ces dernières semaines. Ses cauchemars l’en empêchaient et le visage de son père, avec le pistolet à la main, lui revenait trop souvent en tête. Le jeune pirate s’assit donc sur un petit plancher, situé tout en haut du mat. Il se recroquevilla sur lui-même, et ferma ses yeux verts foncés, lentement. Puis il disparu dans ses songes les plus souhaités, dans l’espoir d’être libre un jour.

- Tu fous quoi là ?!

Rei ouvrit lentement ses yeux, mais fut rapidement aveuglé par les rayons de soleil qui était déjà bien haut dans le ciel. Il avait dormit toute la nuit là, bercé par le vent et les cris du corbeau. Le garçon plaqua sa main sur ses yeux, pour empêcher de se faire aveugler encore une fois, et tourna la tête vers son interlocuteur. Il ôta sa main, puisque l’homme était devant le soleil. Un petit trapu, munit d’une barbichette brune et d’un foulard sur la tête, mal positionné, pour cacher sa calvitie.

- Je… dormais… répondit Rei, avec un voix rauque. - Allez ! Dégage, je dois faire mon boulot. - Ouai, ouai… ta bouteille de rhum dépasse de ta poche de chemise. Je sais que tu viens ici tout les jours pour boire. - Je… oui… non… tu… balbutia le trapu en essayant vainement de se défendre. - Bon, allez boit ! Moi je me casse !

Rei se leva rapidement et se laissa tomber le haut du mat, sous le regard ébahit du gros. Le jeune garçon s’agrippa aux cordages et se laissa descendre jusqu’au pont. La corde, sur lequel il glissait, était directement liée au mur de la cabine de son père, un peu plus bas. L’apprenti singe ne le vit pas tout de suite, lorsqu’il tourna la tête, il était trop tard. Il s’écrasa de plein fouet sur le mur, bien solide, de billots de bois. Il se retrouva sur le dos, en regardant les nuages, avec un sacré mal de tête. Il pu entendre les rires du trapu, tout en haut du mat. Son père sortit de sa cabine en jurant.

- Pas moyen de dormir ici ?! cria-t-il, à moitié réveillé. Ah, c’est toi fiston. Tu t’es encore éclaté le visage en descendant du mat ? demanda-t-il avec une pointe d’humour dans sa voix grave et forte.

Il éclata de rire, d’un rire qui résonna dans tout le navire. Il était rare de le voir rire, mais lorsque ça lui arrivait, c’était souvent pour rire des autres.

- Un jour, tu seras capable de faire un atterrissage réussit. dit-il en riant de plus belle et en ébouriffant les cheveux de Rei avec son immense main. - Lâche moi papa ! dit-il à son père, un peu frustré de voir ce que le capitaine disait était vrai.

Bill continua à rire de plus bel jusqu’à ce que le même trapu, qui était sur le mat entre en appelle.

- Capitaine Skylow ! cria-t-il du haut de son « nid ». Des… des nuages ! Regardez les nuages à bâbord !

Le gros ne faisait que sauter en agitant les bras dans la bonne direction. On aurait pu croire que le mat allait céder sous l’énorme poids du pirate, mais il resta bien intact. Rei tourna la tête et vit, en effet, un gros amas d’énormes nuages noirs. Ce qui ne présageait rien de bon pour un bateau. Le jeune garçon n’avait jamais connu les tempêtes en marée haute mais, juste à voir le visage de son père, il se doutait que c’était terrible. En effet, le regard calme et si sûr de lui, habituel au capitaine, était maintenant un regard de peur, et de panique, malgré qu’il restait bien droit. La sueur perlait son front et descendait lentement jusque dans sa grosse barbe sale et noire.

- Allez ! cria Bill de sa grosse voix imposante et qui résonnait presque autant que le tonnerre qui grondait au loin. Matelots ! Préparez-vous ! Magnez-vous ! Tous à votre poste ! Et que ça saute ! Nous n’avons pas de temps à perdre ! Rangez les voiles et ne gardez que la triangulaire de l’avant ! Je veux deux hommes à la barre, les deux plus costauds d’entre vous tous. Si nous voulons sortir vivant de cet orage et se rendre au port le plus proche, nous allons devoir traverser ces nuages !

Puis, le capitaine cessa de crier, se pencha à la hauteur de son fils, et le regarda, en essayant de masquer son regard paniqué.

- Allez Rei, file droit dans ta cabine, et reste-y jusqu’à ce que je te donne la permission de sortir. dit-il, d’un ton calme et posé. - Mais… pa… - Non ! Allez ! Tais-toi et vas-y ! C’est un ordre, matelot ! - Oui ! cria le jeune garçon, en obéissant à son père.

Il fila rapidement, en courant à toute jambe, jusque dans sa cabine, et ferma la porte avec hâte en s’appuyant dessus pour souffler un peu. De son coté, Bill émit un petit rire. C’était bien son fils.

- Allez ! Grouillez-vous, bande s’incapable ! continua-t-il.

Puis, lorsque tous étaient prêt, à leur poste, le grand navire entra, lentement, puisque les voiles avaient été baissées, dans la grande tempête. Les nuages étaient d’un noir cendre, et le tonnerre évoquait sa colère partout sur la mer dans des immenses bruits graves et forts. Bientôt, le vent se leva et les vagues frappèrent la coque du bateau. Tous les hommes étaient à leur poste, même quelques uns avaient des sots en main pour évacuer le plus vite possible l’eau qui allait s’étendre partout sur le pont. Subitement, après qu’un éclair ait tranché le ciel de sa lumière aveuglant, tout commença. La pluie tomba violemment sur le pont, le ciel s’assombrit comme en pleine nuit et les vagues montèrent plus haut que le mat pour aller s’effondrer directement sur le pauvre navire. Bill continuait de donner ses ordres en criant presque plus fort que le tonnerre qui retentissait à chaque éclair. Tout le monde était trempé, mais aucuns pirates ne désespéraient. Tous était à leur tâche, malgré quelques uns qui, poussées par les énormes vagues, allaient faire une jolie balade dans les abysses de la mer. Chacun s’accrochait aux parois du navire, et d’autre même enlaçait de toute leur force le mat.

Le pauvre Rei regardait la terrifiante scène de sa chambre par les petits hublots. Jamais il n’avait vue quelque chose d’aussi violent. Il aurait bien voulu aider les autres, mais son père lui avait ordonné de rester dans sa cabine. À chaque coup de tonnerre, le petit sursautait. Ses lampes à l’huile, ses rapières en bois, ses petits chapeaux de pirate, tout ce qui était sur ses étagères tombait tour à tour sur le sol. Le bateau ne faisait que valser à travers les vagues qui le heurtaient violemment. Rei pouvait entendre son père crier à travers tout le navire, jurant à chaque vague et courant, sur tout le pont, pour aider ses matelots. Toute cette ambiance, les cris des pirates tombant à la mère, et les éclairs qui illuminait la mer, faisait trembler Rei. En tant que pirate, il voulait bien avoir l’air d’un dur, mais pour un enfant de 8 ans ce n’était pas toujours facile d’affronter ses peurs. Il se coucha lentement sur son lit, se recroquevilla sur lui-même et s’emmitoufla dans ses couvertures, en fermant les yeux, et en priant que tout aille bien. Si son père venait qu’à mourir, qu’est-ce que le jeune allait faire, sans père ? Il avait bien beau être dur avec lui, mais il l’aimait, du plus profond de son cœur. Le pauvre garçon resta comme ça, pendant un bon 30 minutes, jusqu’à ce qu’il ouvrit les yeux. Il s’avança lentement vers ses hublots, et des petits rayons de soleil entraient dans la pièce. Il tourna la poigné et sortit dehors. Les nuages étaient loin derrière. Plusieurs fenêtres étaient cassées, de même que plusieurs appareilles. Mais Bill était au loin, debout sur la proue. Il y avaient des hommes partout, couchés, sur le sol, et assit près d’un mur, ils étaient tous à bout de souffle. Le capitaine se tourna, et fit un énorme sourire à Rei. Il s’avança vers son fils en gardant ce sourire.

- Je suis fier de toi mon fils, tu as écouté mes ordres à la lettre. Comme tu as pu le voir, la nature, lorsqu’on est pirate, et la chose la plus difficile à affronter, puisqu’elle est totalement imprévisible. 4 ou 5 de mes hommes sont morts, noyés, pendant la tempête. Je m’en réjouis, quelques fois, on peut perdre plus de la moitié d’un équipage en de pareil circonstance. fit-il, avec toujours aussi d’aisance lorsqu’il parlait de la mort. Maintenant nous allons accoster au port le plus près, et nous allons nous y reposer pendant 2 ou 3 jours, pas plus.

Lorsque le capitaine fini de parler, il tourna son regard vers son fils, mais celui-ci n’était plus là. Il était accroupit, près des marins, et leur donnait des soins, qu’il avait amassés dans différentes villes. Bill éclata de rire, d’un ton enjoué.

- Tu resteras toujours le même, mon fils.


Chapitre III : Une amitié pleine de mépris Modifier

Une petite ville est toujours la cible idéale pour un groupe de pirates cherchant de quoi se mettre sous la dent. Hojia, village parfait. Les habitants y sont heureux, ils ont beaucoup d’argent donc beaucoup de nourritures, pas beaucoup d’habitants, donc moins de résistance et finalement pas la moindre palissade gardant les habitants.

- Ce sera parfait ! s’exclama un capitaine en regardant par sa longue-vue. Ce village sera excellent les gars ! Regardez-moi tous ces villageois travailler. Ils ont l’air à des fourmis. dit-il en éclatant de rire. Matelots ! Tous à votre poste, et soyez parés à sortir vos armes, on ne sait jamais quand l’ennemi peut attaquer, aussi innocent soit-il.

Après ces ordres, on ne peut plus brusque, le navire prit de la vitesse. Pour atteindre le plus vite possible leur cible. Déjà, on pouvait entendre quelques villageois, crier à tu tête et se barricader dans leur maison juste à la vue du navire.

- Pourquoi crient-ils déjà tous comme ça ? On est trop loin pour qu’ils nous voient… fit le capitaine, une peu déboussolé. - Capitaine Skylow ! s’exclama le trapu du haut de son mât. Les… le… les… Anam !

Le visage de Bill, qui était calme jusqu’à présent, se crispa de colère. Les bouts de ses oreilles sales devinrent rouges et si ça aurait été possible, on aurait pu voir de la fumée s’échapper de ses narines.

- Les… Anam ?! cria-t-il de colère.

En effet, la famille Anam était, tout comme les Skylow, une famille réputée pour sa piraterie sans merci. Jale Anam, un excellent pirate, 5 ans de plus vieux que Bill, rival de toujours. Ils ont constamment en confrontation, et ce, jours et nuits. Lorsque les deux navires se croisent, ils ressortent souvent avec quelques dégâts.

- Sortez les canons, nettoyez-les ! ordonna Bill, rouge de colère. Parez les boulets et saisissez-vous de rapières, et que ça saute bande de nuls !

Les deux navires allaient bientôt se rencontrer, et l’Aigle Argenté, le navire de Bill, se devait d’être prêt. Beaucoup plus que lors de la tempête. Les matelots, après quelques minutes de vérification des canons, étaient tous fins prêts. Pendant ce temps, Rei ouvrit les yeux péniblement, encore bien emmitouflé dans son lit. Il se leva, en se grattant le cuir chevelu.

- Mais… pourquoi tout ce vacarme… ? se demanda-t-il en sortant de sa cabine.

La réponse ne tarda pas. Une cohue totale s’était installée sur le navire alors que Rei voyait le Faucon Doré, le navire des Anam, celui que son père lui avait tant parlé. Lui disant qu’il ne devait jamais fraternisé avec ce genre de personnes, qu’ils étaient immondes et innocentes, qu’ils ne savaient même pas mettre un pied devant l’autre et qu’ils étaient les pires pirates de tout Altala. Bon… Rei devait avoir 6 ans quand son père lui avait dit ça… et même aujourd’hui, à presque 9 ans, l’apprenti pirate n’avait toujours pas comprit. Alors que celui-ci regardait la scène qui s’offrait devant lui, avec des yeux mi-clos, le trapu l’attrapa par la taille en le traînant jusqu’à sa cabine.

- Reste-là petit ! dit-il d’une voix énervée. Les Anam sont tout proches, et nous allons devoir les affronter si nous voulons nous approprier ce village merdique. Donc en attendant, toi, tu resteras sagement dans ta cabine. Comprit ?! fit-il, d’un ton maladroitement autoritaire. - Pourquoi faut-il toujours que je...

Pas le temps de terminer sa phrase et de dire ce qu’il avait dans la tête, le gros tas lui ferma la porte, de sa propre cabine, directement sur le nez. Le jeune Skylow ragea quelques instants sur son lit en frappant de ses petits poings. Il se ressaisit rapidement, se disant qu’en obéissant toute sa vie aux ordres des autres, il n’allait jamais pouvoir rien faire. Rei se leva rapidement et fouilla dans une petite boite, au pied de son lit. Il y trouva rapidement une corde, assez solide pour le supporter. Il ouvrit un hublot de sa chambre, qui donnait directement au fin fond des mers. Puisque le navire était près du pont d’Hojia, le jeune rebelle n’allait pas trop avoir de difficulté à s’y rendre. Il prit une de ses fameuses rapières en bois, la rangea et la serra contre sa petite ceinture de cuire brune. Il s’habilla de vêtements beiges et amples, pour plus facilité dans l’eau, et finis par s’attacher un bandana pour supporter ses cheveux. Le jeune pirate, ses préparatifs terminés, ouvrit un hublot et y descendit la corde en l’attachant contre son lit. Il descendit rapidement. Déjà les deux navires se faisaient la guerre. Les boulets de canons fusaient de toute part, et plusieurs matelots de chacune des familles se faisaient la guerre à la rapière sur les deux ponts des navires. Lorsque Rei atteignit enfin l’eau, qui était glacé, malgré le temps qu’il faisait, il se faufila rapidement, en nageant, jusqu’au pont. Lorsqu’il s’y hissa, il jeta un coup d’œil au village. Les derniers habitants étaient déjà en train de barricader leur porte et leurs fenêtres. Ça allait rendre la tâche de Rei, pour se faire valoir, beaucoup plus difficile. Mais il dégaina sa rapière de bois et avança, dans le calme du village mais en même temps des coups de feux en arrière plan, causé par la bataille que se livraient les deux clans pirate.

Non, ce n’était pas quelques planches qui allait arrêter le jeune pirate, qui était bien déterminé à piller quelques maisons pour montrer à son père ce qu’il savait faire en tant que bon pirate. Le village semblait bien paisible, mais en fait, nombreuses familles tremblaient à l’intérieur de leur maison, non pas à cause du jeune de 8 ans qui se trimballait avec un morceau de bois dans les mains, mais tout simplement parce que les deux familles pirate étaient à l’entrée de leur village. Rei continuait sa route, quand il se décida à entrer dans une maison. Celle-ci était plus petite que les autres, et semblait ne pas être en bon état. Normalement, les maisons de bonnes classes étaient fait de pierres et de briques, mais celle-ci tenait à peine et était fait de piètres planches de bois, coupés vitement. Alors Rei se dit, que si il pouvait retirer que quelques pièces de cette famille, ça ferait peut-être l’affaire de son père. Arriver devant la porte, le petit, ne sachant que faire, cogna 3 coups à la porte.

- Je… peux entrer ? dit-il, ridiculement, à la manière d’un simple enfant et non d’un pirate.

Mais aucune réponse ne venait. Il tourna la faible poignée, rouillée et cassée, puis ouvrit la porte. Celle-ci grinça dans un grand bruit sourd puis Rei entra. Quelques rats, qui grignotaient des tissus posés un peu partout, se cachèrent à la vue de Rei. Le petit pirate soupira, il regarda la maison avec dépit. Ça semblait bien vide, personne n’habitait là, juste à voir l’état des lieux. Des morceaux de bois par ci par là, du tissus bun, tout ça, dans un périmètre d’à peine 70 mètres.

- Y’a quelqu’un ? cria le petit à travers le calme de l’endroit. - Peut-être… lui répondit une voix, aussi petite que la sienne, qui venait de son dos.

Rei fit volte face rapidement et se retrouva face à un jeune garçon, qui semblait un peu plus vieux que lui, de par ses cheveux, qui, étrangement, étaient grisâtres presque blancs, en bataille et sa grandeur. Il devait être de quelques centimètres plus grand que le jeune pirate. Il était habillé sensiblement de la même manière. Rei fut prit légèrement de panique et pointa ta rapière de bois, qui n’était en aucun point menaçante, vers le jeune garçon. Il s’efforça à ne pas paraître nerveux et essaya, tant bien que mal, de prendre un regard haineux. Sans son père, c’était beaucoup moins facile pour lui d’avoir confiance en ce qu’il faisait.

- Qu… commença Rei, un peu maladroitement. Qui es-tu ?! s’exclama-t-il, beaucoup plus fort que son premier essai.

Le jeune homme aux cheveux gris recula de quelques pas, en tendant les mains, pacifiquement. Il fit un fin sourire à travers ses traits féminins puis, en se passant la main dans les cheveux, écarta la « rapière » de sa main, tout en essayant de faire comprendre à Rei qu’il ne lui voulait aucun mal.

- S’il te plaît, dit le jeune aux cheveux blancs. Ceci est ma maison… je suis orphelin, ne me pille pas. Tu as l’air d’un pirate, je sais que tu veux de l’or, mais je n’ai ni parents, ni amis, et ce toit est tout ce que j’ai, alors je t’en supplie…

Rei mit quelques secondes avant de baisser son « arme ». Bill lui avait souvent répété, ne jamais avoir pitié des gens. Mais, c’était plus fort que Rei, et surtout dans sa nature de bon enfant, de toujours vouloir aider les gens, et là, il s’apprêtait à faire le contraire ?

- Je… je suis désolé. commença Rei d’un voix faible. Je ne voulais pas… en fait… je ne savais pas. - Ne t’en fait pas pour ça ! Ce n’est rien, ce n’est pas la première fois que ce village se fait attaquer par des pirates. Et de toute façon, je n’ai pas grand-chose à me faire voler.


Le garçon, gardait un sourire. Il était… pauvre ? Si ce qu’il disait était vrai… il n’avait aucune famille, aucuns amis. Mais alors… comment faisait-il pour garder ce sourire ? Comment faisait-il pour aimer la vie alors que celle-ci ne lui donnait rien ? Rei paru franchement désolé. Et lui qui aurait pu le tuer si il avait eu une vraie arme ? Le jeune pirate baissa les yeux et fixa le sol sableux sous ses pieds.

- Mais… vous comptez vraiment piller ce village ? demanda le garçon. - Je… nous… je ne sais pas.

En fait, Rei n’avait jamais été trop d’accord avec le fait de voler les gens qui travaillaient dur pour avoir leur argent. Et il ne comprenait pas la mentalité des pirates. Comment pouvaient-ils faire du mal aux gens comme ça ?

- Ne t’inquiète pas ! Je vois bien que tu n’es pas comme les autres pirates. Allez ! Vient ! Je vais te faire visiter le village. - Mais… tu sais, les autres pirates pourraient venir t’attaquer… ou un boulet de canon pourrait te toucher. Ils sont en pleine bataille là, dehors. - Ça ne me fait pas peur ! Allez ! Suis-moi !

Ce garçon… il avait l’air d’avoir à peine 10 ou 11 ans. Et il faisait preuve d’un tel courage. Il était beaucoup plus courageux et téméraire que pouvait l’être Rei. Celui-ci se fit traîner à travers le petit village de Hojia. Les habitants regardaient, surprit, à travers leurs fenêtres barricadées avec des planches, les deux jeunes garçons marcher à travers les petits passages du villages.

- Mais dis-moi… commença Rei. Quel est ton nom ? - Ah… ce… ce n’est pas important ! Au fait, ça te dirait de rester avec moi ? Je suis super bien ici dans ce village ! Et puis on s’entend bien !

Pourquoi ce garçon ne voulait pas lui donner son nom ? Ah… il n’en avait peut-être même pas après tout. Il n’avait même pas de famille… alors peut-être son nom lui rappelait de mauvais souvenirs ? Mais… Rei réfléchit un instant à la proposition du jeune garçon. Quitter la piraterie ? Ce n’est pas qu’il n’aimerait pas ça… mais… son père ? Il le retrouverait sûrement un jour. Et puis… il allait lui manquer. Malgré tout, il aimait son père. Le grand et fort capitaine Bill Skylow.

- Je… je ne crois pas pouvoir. fit le jeune Skylow, en fixant le sol. - Pourquoi pas ?! Allez ! Tu vas voir ! Tous les jours seront toujours remplient de surprises. Je n’ai jamais eu d’amis… allez… s’il te plaît…

Le garçon avait presque les larmes aux yeux. Il semblait tellement… triste d’être seul ici, dans ce village, sans amis. Rei fit un grand sourire à celui-ci.

- Alors, c’est d’accord ! Je reste avec toi ! s’exclama Rei, en lui tendant la main.

Son interlocuteur la serra bien vigoureusement, ses yeux tristes avaient fait place à des yeux pleins d’étincelles. Comme si Rei venait de lui donner 1 million de pièces d’or.

- Allez ! Suis-moi ! Je vais te montrer mon deuxième toit !

Le garçon prit la main de Rei et l’emmena, au pas de course, à refaire le chemin qu’ils avaient déjà prit. Jusqu’à passer devant la petite maison délabrée, mais le garçon continua son chemin, toujours en tenant la main de Rei. Puis, il arriva au pont. Les deux navires se faisaient toujours la guerre. Et plusieurs des matelots devaient être morts. Rei s’inquiéta soudainement, à travers le croisement de différentes lames et les coups de feux. Et si son père était mort ? Non… il ne devait pas penser à ça. Bill était un capitaine d’expérience, il savait comment se battre.

- Mais… pourquoi m’emmène tu au pont ? demanda Rei, en dévisageant son nouvel ami. - Tu… es… naïf.

À peine Rei avait-il eu le temps d’entendre ce que le garçon venait de lui dire, qu’il entendit un cliquetis familier, et un métal froid se plaqua sur sa tempe. Il ne bougeait plus. Le temps c’était arrêter pour le jeune pirate. De grosses goûtes de sueurs froides lui coulaient le long de son petit visage d’enfant. Il entendait son cœur battre à tout rompre, il entendait un rythme, constant et rapide, à l’intérieur de lui. Une multitude de questions fusaient dans sa tête. Que se passait-il ? Rei ne comprenait tellement rien, que bientôt, une larme coula le long de sa joue, se mêlant à la sueur.

- Désolé mec… mais t’es juste un pauvre con. dit simplement, et sèchement, le petit garçon, que Rei avait prit comme ami.

Bientôt, un homme assez grand, et musclé, arriva au pas de course. Il était chauve et portait un gilet sans manche noir, d’un tissu artisanal. Il semblait venir du navire des Anam.

- Bien joué Kady. s’exclama-t-il de sa grande voix forte. Maintenant toi, fit-il, en pointant Rei avec son gros doigt. Tu vas nous suivre gentiment à bord du Faucon Doré.

Donc… le garçon aux cheveux gris s’était joué de Rei ? Il l’avait arnaqué ? Il s’était fait si facilement avoir ? Mais… dans quel but ? Pourquoi les Anam voulaient-t-ils Rei ? Bientôt, un morceau de bois mit fin aux questions du jeune pirate, en s’écrasant durement sur son crâne. Puis, ce fut le noir total. Rei ne ressentait plus rien, il se sentait comme dans un rêve sans fin, aillant juste hâte de se réveiller dans son lit et de retrouver son père.


Chapitre IV : De l’admiration à la déception Modifier

Cela faisait maintenant près de 1 heure complète que les deux navires se faisaient la guerre, sous les nombreux regards nerveux des villageois, toujours barricadés dans leur maison. Les deux clans étaient à cour de boulets mais les bateaux étaient en mauvais état. Les structures générales tenaient encore bon, mais pour combien de temps encore ? Malgré la fatigue générale des deux clans, tous faisaient siffler leur lame jusqu’à la mort. Sur chacun des ponts, les combats à la rapière semblaient durer depuis une éternité. Deux hommes, par contre, ne bougeaient pas d’un poil, perchés, bien fiers, sur la coque de leur bateau, en se regardant droit dans leurs yeux bien sombre. C’était les deux capitaines, Bill Skylow et Jale Anam. Ils n’avaient aucunement besoin de gaspiller leur salive, car les deux rivaux se connaissaient assez pour deviner ce que l’autre avait en tête. Ce qui faisait des batailles, entre les deux clans, des combats à mort et sans merci. Bien entendu ils n’allait pas se battrent, premièrement, pour ne pas risquer de briser leurs vêtements et deuxièmement tous deux trouvaient bien plus amusant de regarder leurs hommes s’entretuer bêtement plutôt que de combattre eux même.

Puis, alors que Bill fixait son rival aux cheveux longs et argentés, un grand et costaud matelot vint près de son capitaine et lui marmonna quelques paroles, incompréhensibles pour Bill. Il se questionna longuement, mais qu’est-ce que Jale pouvait encore lui préparer ? Le vieux Skylow sourit, il avait toujours aimé les plans du Anam, et cela l’excitait encore plus lorsqu’il ne s’attendait à rien.

- Cap… capitaine Skylow ! fit un pirate trapu, le même qui avait enfermé Rei dans sa cabine.

Bill se tourna, lentement, avec un visage toujours impassible. Ses yeux étaient presque mi-clos et témoignait d’un immense ennuie chez le pirate. Il soupira puis ouvrit la bouche.

- Qu’est-ce que tu veux… Haggis ? demanda-t-il, d’un ton bas. - Je… je… votre… votre fils… il s’est… échappé…

Le dénommé Haggis tourna le dos à son capitaine en fermant les yeux de peur de devoir subir la colère de son capitaine. Mais, après quelques secondes, aucunes paroles ne vinrent de celui-ci. Le trapu ouvrit les yeux, un par un, puis se retourna pour voir le Skylow, avec ce regard toujours impassible.

- Échappé? fit-il, un petit sourire se décidant finalement à apparaître. C’est bien le fils de son père. Mais il a désobéit aux règles. Je devrai le punir, lors de son retour. - Justement… ca… capitaine. balbutia le trapu, avec une énorme crainte au ventre. Votre fils… je… je crois que… lisez ça.

Haggis sortit de sa poche un petit morceau d’écorce brun. Il le tendit à son capitaine en fermant les yeux puis lorsque Bill l’attrapa brusquement, Haggis sursauta. De grosses gouttes de sueurs froides descendait le long de son visage potelé pour allait se perdre dans son énorme double menton. Bill, avait apprit à lire. Mais il n’avait jamais été un as. Le temps de terminer de déchiffrer ce qui était écrit sur le morceau d’écorce, celui-ci releva la tête, le visage rouge.

- Ils ont… kidnappés mon fils… ? Et… ils veulent avoir le droit de piller ce village en échange ?! s’exclama Bill.

Son calme avait rapidement fait place à la colère. Mais celle-ci n’était pas du tout pour les Anam. D’ailleurs, il avait trouvé Jale bien intelligent là-dessus. Mais il était en colère contre son fils. Il avait désobéit à son père, et aussi à son capitaine.

- Il me fait perdre mon temps, ce sale petit vaux rien. Allez ! On se barre les gars ! s’exclama le capitaine. Ce village n’est pas pour nous. Il y a trop d’ennuis. Jetez les corps à la mer et hisser la grand voile ! Et que ça saute !

En effet, le peu de matelots Anam qui étaient toujours sur le pont du navire, avaient vite fait de rejoindre le Faucon Doré suite au dévoilement du plan de Jale. Sous le regard surprit de tous ses hommes, Bill fit un petit sourire à Jale, alors que l’Aigle Argenté prenait déjà de la vitesse.

- Allez ! Tu m’as eu cette fois-ci mon cher Jale ! Occupe toi bien de mon fils ! cria-t-il, avec un petit sourire, maintenant à quelques mètres déjà de son rival.

Celui-ci ne cessait de fixer le navire du Skylow qui s’éloignait à une vitesse bien impressionnante pour un navire de cette taille. Son visage se tordit d’une certaine colère. Oui, il avait le village pour lui maintenant, mais ce n’était pas ça l’important. Ce que voulait Jale en fait, c’était de contrer les plans principaux de Skylow et d’aller au-delà du caractère de son rival. Mais il n’y était jamais arrivé, Bill était un pirate beaucoup trop imprévisible pour que quiconque puisse réussir à le surprendre. Bien entendu, le pirate aux cheveux d’argent n’avait pas manqué de noter la lueur de surprise dans les yeux de son rival, mais ça n’avait été qu’une courte victoire au cœur de Jale. Il se résigna enfin à détacher son regard de sur l’Aigle Argenté puis, regarda d’un coup d’œil rapide ses matelots. Certains blessés, certains à bouts de souffles, et même quelques cadavres jonchaient le sol. Avec un sang froid digne d’un capitaine, il se passa la main dans ses longs cheveux puis cria :

- Allez bande d’incapables, nous n’avons pas de temps à perdre. Nettoyez moi ce pont, je veux que ça brille. Et puis après nous pillerons ce village à notre guise, question d’augmenter notre richesse personnelle !

Les matelots ne se firent pas prier, et se mirent de suite à la tâche. Jetant par-dessus bord les corps, frottant, à la moindre planche près, le pont. Puis, le capitaine vit une chevelure de la même couleur que la sienne. C’était un petit garçon, du haut de ses 10 ans qui marchait nonchalamment à travers les matelots pour rejoindre son père.

- J’ai bien travaillé, n’est pas papa ? demanda-t-il, de sa voix en pleine croissance. - Oui, tu as fais ce que je t’avais demandé. Mais notre plan n’a pas marché. - Au contraire ! Nous avons le village que pour nous ! - C’est là que tu te trompes, jeunot. Oui nous l’avons, mais l’ennemi s’en est sortit avec la victoire.

Le dénommé Kady fixa son père, d’un long et profond regard interrogateur. Il avait toujours été comme ça, mystérieux au plus haut point. Kady ne voyait pas l’intérêt d’avoir une mine pareille alors qu’ils venaient tous de mettre à leur merci un village sans défense. Puis, sans dire un mot, il tourna les talons pour se rendre à la cale. Il descendit l’escalier de bois pour ensuite traverser les nombreux hamacs, installé ci et là, puis arriva à une toute petite cellule qui sentait le moisit et l’humidité. Un petit garçon, de quelques années plus jeune que Kady, avait le visage écrasé contre le minuscule hublot. Il espérait en fait, que son père viendrait le chercher bientôt. Mais il ne voyait rien, à pars une bande de petits poissons multicolores et quelques algues vertes.

- Bonjour… ami. fit Kady, sarcastiquement, en riant doucement. Tu es bien installé ? Tu n’as pas besoin d’une corde ? Ou d’un couteau ? Pour t’enlever la vie, c’est ce qui se fait de plus tendance.

Rei se tourna vers le garçon aux cheveux argentés. Celui-là même qui, à peine une vingtaine de minutes auparavant, avait prit pour son ami. Le petit regard, enjoué et pleine de naïveté de Rei avait fait place à un regard plein de colère, qui éprouvait la peine et la soif de vengeance. Il donna un violent coup de pied contre les barreaux de sa minuscule cellule. Ce qui fit reculer Kady de quelques pas. Mais son sourire ne se détacha pas pour autant de son visage.

- Calme toi. Tu sais, ton père ne viendra pas te chercher. Et oui, que veux-tu ! Il a préféré prendre la fuite avec son équipage minable plutôt que de venir sauver son fils adoré.

Le jeune Skylow redonna un coup de pied contre les barreaux. Sa mine se faisant beaucoup plus sévère, il commença, avec un ton direct et violent :

- Tais-toi ! Tu mens, j’en suis sûr ! Mon père est un grand pirate ! Il va venir me chercher ! J’en suis sûr ! - Et c’est là que tu te trompes. répliqua lentement, et calmement Kady. Tu te contredis dans ce que tu viens de dire. Oui, ton père est un grand capitaine, un des plus intelligents d’ailleurs. Et c’est pourquoi il est partit. Tu sais, être un grand pirate ne va pas bien avec le mot « sentiment ». Et tu sais pourquoi ? Tout simplement parce qu’un pirate, sanguinaire, qui veut de l’or, et rien d’autre, doit savoir faire preuve d’un sang froid. Tu sais, tout à l’heure, tu m’as pris pour ton ami. Tu as laissé tes sentiments te guider, et tu n’as absolument pas fait preuve d’un bon jugement. Un bon pirate est un pirate qui se doit de ne jamais regretter ses gestes. Tu vas voir, ça vient avec le temps. - Tu mens ! Tu mens ! Tu mens ! T’es qu’un sale connard ! Tout ce que tu dis est faux ! Tout ce qui sort de ta bouche ne vaux rien ! Tu meeennnss !!

Le visage du pauvre petit brun, était devenu rouge, plein de sueur. Il criait la haine qu’il avait en dedans de lui, il n’en pouvait plus. Non, c’était impossible. Bill Skylow, l’excellent capitaine, son père, l’avait… abandonné ? Non, Rei refusait de croire ce mensonge. Kady sourie lorsque Rei cria sa colère. Il était si fragile et si prévisible.

- Allons… calme toi je t’en pris. dit-il, en prenant un air faussement sérieux. Tu le sais très bien que rien ne sert de crier. De toute façon, ton père ne t’entendra jamais. - J… je… te haaiiiss !

Rei se plaqua violemment contre les barreaux puis étira ses bras pour attraper rudement le collet de Kady et le ramener près de lui. Celui-ci fut bien surpris par la force de poigne du jeune Skylow. Il n’aurait jamais imaginé que le petit brun était capable de telle chose. Mais néanmoins, il s’efforça à ne rien laisser paraître dans son attitude. Donc il reprit son air calme et détendu puis sourit à Rei.

- Tu aurais besoin d’un thé toi… je me trompes ? dit-il, toujours au prise avec la forte poigne des petites mains de Rei. Lâche moi un peu je t’en pris, cette chemise, elle est neuve et tu risques de l’abîmer. - Si il n’y avait pas… ces… barreaux qui nous séparent, je te… - Tu me… quoi ? Tu me ferais quoi, hein ? Petit Skylow ? Tu me ferais quoi, sans ton père et ses hommes pour te protéger ? Je vais te le dire moi, tu ne ferais rien.

Le ton de Kady commençait lentement à se faire plus insistant et moins calme. Il appuyait bien chaque mot et chaque syllabe. Si Rei était tant prévisible, alors il allait tomber directement dans le panneau.

- Oui… parce que… continu Kady, en s’efforçant de se décontracter puisque les mains de Rei étaient bien colées à son colet. Tu te souviens, tout à l’heure, au village ? Je n’ai eu qu’à user de mes quelques talents d’acteur et tout de suite tu as cru que j’étais qu’un pauvre mendiant ne demandant qu’amitié. Et là, tu voudrais me faire du mal ? À moi ? Ne me fait pas rire ! Tu n’es même pas capable de brandir une rapière de bois comme il le faut alors de là à vouloir ma mort… je ne crois pas.

Les mains de Rei lâchèrent, petit à petit, la chemise de Kady et ses bras tombèrent mollement, le long de son corps. Kady avait raison, Rei ne serait jamais un grand pirate. Il ne pouvait l’être, il était trop naïf, trop émotif. Mais en même temps… comment pouvait-il ne pas l’être ?

Et puis il avait toujours ce mal de tête, qui lui martelait le cerveau de plus en plus suite à ce coup que lui avait porté ce grand chauve. Ensuite les paroles de Kady, qui n’améliorait pas la chose. Comment un enfant de 8 ans, pouvait bien réagir face à une situation de la sorte ? Non parce que Rei avait beau avoir été confronté à toutes ces réalités de la vie, il ne comprenait toujours pas la nature d’un pirate. Comment il devait être et comment il devait agir. Et puis ça, ça allait venir avec l’âge ou il allait rester qu’un petit pirate sans fierté toute sa vie ?

Sans grande conscience, le regard dans le vide, à la recherche de réponses, il s’effondra de tout son long sur le plancher de la calle. Il ne ferma pas les yeux, et respirait lentement, et à un rythme précis. Kady lui, sourie lorsqu’il le vit tomber. Et oui, Rei était assez prévisible pour qu’il réussisse à le détruire moralement. Il tourna les talons et monta, une à une, les marches menant sur le pont. Là il trouva un navire vide de matelots. Et un peu plus loin on pouvait les entendre crier et saccager.

- Et puis ? Comment se porte-t-il ? fit une voix forte et imposante, derrière Kady.

Le petit aux cheveux gris tourna la tête pour voir son père, fier et grand, regarder ses hommes travailler pour lui. Il était sur le pont supérieur, tenant le gouvernail dans ses mains, par simple restriction. Pour être sûr que le Faucon Doré soit près à un quelconque revirement.

- Je me suis amusé un peu avec lui. dit simplement, le petit garçon. - Il a résisté ? - Non… du tout. - C’est bien mon fils ! s’exclama Jale, toujours aussi fier de sa progéniture.

Il aimait bien être à ce rang, celui d’un capitaine de bateau. En fait, il se rappelait du temps où il se faisait appeler Jale-de-la-calle par tous les matelots. Et oui, le grand et fort capitaine Anam avait déjà été qu’un simple nettoyeur de calle, et traqueur de rats.

- Le pillage se passe bien ? demanda le fils, en scrutant le village en panique. - Très bien même. Je crois qu’on aura assez d’or pour se nourrir pendant un bon mois au moins. Bientôt la calle sera pleine de butin mon garçon, c’est moi qui te le dit.

Kady sourie à son père puis descendit l’échelle qui menait directement à l’écoutille, là où était entreposé l’or, la nourriture, et tout ce qui aidait à la survit de ces pirates. Il ouvrit délicatement un baril, pour être sûr que son père n’entende rien, puis ramassa une pomme verte et la mit dans sa poche. Il referma le baril, aussi délicatement qu’il l’avait ouvert, puis se rendit à la calle. Lorsqu’il vit Rei, couché à plat ventre, entre quelques rats et l’eau qui s’infiltrait, Kady lâcha un petit rire.

- Hé petit ! Je t’ai emmené un petit cadeau parce que tu as été sage aujourd’hui. dit le jeune Anam, ironiquement.

Rei prit quelques secondes avant de se rendre compte que quelqu’un lui parlait. Il lâcha un profond et long soupire puis força à se lever. Un petit reflet ruisselant couvrait ses joues, il avait pleuré, Kady en était sûr. Lorsque Rei vit la pomme dans la main du Anam, il se précipita et tendit les mains à travers les barreaux. Mais Kady se recula à temps en souriant puis, prit une croqué dans la pomme et la tendit à Rei et celui-ci ne se fit pas prier pour l’attraper. - Tiens. Mange ça ! Et compte toi chanceux que je me sente généreux aujourd’hui. Parce que je ne crois pas que mon père soit d’accord pour nourrir les visiteurs. Normalement les pirates ne font jamais de prisonniers, c’est ce que signifie le fanion noir avec les ossements humains tout en haut du mât.

Rei mordait à pleine dent dans sa pomme mais écoutait Kady quand même. Non, il ne le savait pas. Ce jeune garçon aux cheveux argentés, n’était pas beaucoup plus vieux que Rei, mais semblait avoir 10 ans de plus que par son savoir. Il était extrêmement intelligent et savait faire preuve d’un immense sang-froid. Du moins, c’est ce qu’il laissait paraître en sa personne. Le jeune Skylow, tout en mangeant sa pomme, tourna le dos à Kady en scrutant le hublot. Aucune coque de navire à l’horizon, à travers l’eau clair de la mer d’Altala.

- Alors… mon père… est vraiment partit… ? demanda enfin Rei, d’un ton de voix monotone et très bas. - Donc… commença Kady en riant légèrement. Tu t’en es enfin rendu compte ? Tu me crois maintenant n’est-ce pas ? Et oui, ton cher petit papa a prit la fuite.

Rei ferma les yeux et serra ses petits poings qui écrasèrent le cœur de pomme. Les miettes tombèrent par terre en même temps que quelques larmes, versées par le garçon. Kady sourie à nouveau. Ce petit Skylow était un excellent divertissement pour lui, mais de toute façon, il allait probablement être bientôt exécuté.


Chapitre V : Un érudit qui n’en a pas l’air Modifier

Bientôt 5 jours s’étaient écoulés depuis l’affrontement entre les deux familles devant Hojia, village qui, à cette date, devait probablement être désert sinon recouvert que de quelques cadavres aillant résistés aux flammes. Car oui, les pirates aimaient le feu, surtout lorsqu’il s’agissait de brûler un village qu’ils venaient juste de mettre à sac.

En seulement 5 jours, un jeune brun avait l’impression d’avoir grandit. Non pas en grandeur, car il était toujours aussi frêle et petit mais plutôt qu’il avait maturé. Un enfant normal, à 8 ans, doit être à l’école ou avec ses amis, en train de jouer à cache-cache autour de la maison. Mais sur un monde comme Altala, les enfants jouaient rarement à cache-cache et en particulié lorsqu’on parlait de pirate. Pour rester soi-même dans un monde qui s'évertue jour et nuit à vous rendre comme n'importe qui, il faut gagner la plus rude bataille qu'un humain puisse livrer et cette bataille n'a pas de fin. Pour certains, celle-ci peut être facile mais pour d’autre, la vie est remplit d’embûches de toute sorte. Et justement, ce petit brun, qui venait de vivre et qui d’ailleurs, vivait encore, le pire moment de sa vie, la vie n’était pas facile.

- Hé… petit. résonna une voix grave, dans une calle sombre et humide. Vous êtes réveillé ?

Rei, qui somnolait, au beau milieu de la nuit, à plat ventre sur le sol froid de sa cellule, leva la tête. Son visage fin et soyeux n’était plus du tout le même. Ses cheveux bruns étaient devenus gras et emmêlés et de grosses cernes démontraient à quel point le jeune garçon était au bout du rouleau. Oui car, pendant 5 jours, tout ce qu’il avait mangé était quelques pommes et des biscuits de marin. Il était faible et ne ressentait même plus le goût de vivre, mais en dedans de lui, il souhaitait toujours retrouver son père et il savait que, même s’il haïssait Kady, c’était à cause de lui qu’il avait fait face à la réalité.

- Je… qui êtes-vous ? demanda Rei, à travers la pénombre qui régnait sur la place et en scrutant de ses yeux qui s’étaient habitués à la noirceur.

En effet, sur Altala, les nuits étaient rarement éclairées. Le satellite naturel, du nom de Yova, ne reflétait qu’à peine la lumière du puissant soleil, tout simplement car sa couleur bleue, comme le fond de l’océan, gardait les rayons du soleil plutôt que de les projeter sur Altala ce qui faisait donc des nuits de sombres et glaciales moments.

- Je suis… quelqu’un. fit la même voix, aussi mystérieusement que son premier appel. Vous m’avez l’air bien découragé pour un pirate. Vous êtes un Skylow n’est-ce pas ?

Rei était plus que déconcerté. Il avait l’impression d’écouter du vide… ou pire même… un esprit. Il ne voyait que quelques reflets à travers l’épaisseur de la pénombre. Cette voix… semblait être celle d’un vieillard. D’après le raclement à chaque syllabes.

- Je… oui… répondis le jeune brun, de plus en plus décontenancé. - Alors un Skylow comme vous ne devrait jamais être dans cet état, vous faites honte à votre famille !

Rei serra des poings et ferma les yeux, bien qu’il ne voyait pas plus grand-chose. Cet homme… essayait de le provoquer ? Qu’est-ce qu’il voulait dire ? Il savait son nom de famille et d’où il venait ? Alors… c’était peut-être un esprit. Comme dans les histoires que les matelots de l’Aigle Argenté se racontait, lorsque la nuit tombait et que Rei restait caché dans la vigie. Le petit frissonna, alors il parlait à un… âme ?

- Non… ce… ce n’est pas vrai ! s’exclama-t-il avec beaucoup moins d’assurance d’un coup. - Juste à vous entendre parler, on voit bien que vous n’êtes pas un pirate comme l’était votre grand-père et votre père. Ces deux hommes sont de grands pirates, bien que votre grand-père soit mort, il doit régner sur les mers de l’enfer.

L’enfer… ? Rei avait déjà entendu ce mot… il parait que c’est un endroit où tout les pirates sont destinés. Lorsqu’on vit une vie comme celle d’un matelot, tuant et pillant, on se rend en enfer lorsqu’elle s’achève.

- Enfin… reprit la voix. Je ne suis que là que pour vous conseiller. Il ne faut tout simplement pas que vous vous laissez mourir ici, sur ce foutu navire. Vous méritez bien plus que ça. Et de toute façon… vous n’avez que 8 ans… bientôt 9 d’ailleurs.

Mais comment pouvait-il savoir l’âge de Rei ? Et pourquoi le vouvoyait-il ? Cette voix faisait exactement comme si elle, ou plutôt il, devait lui avoir du respect. Le jeune Skylow, qui était maintenant assied par terre, se recula, le plus possible d’où semblait venir la voix et s’adossa contre les barreaux. Il gardait le silence, parce qu’en fait, il ne savait absolument pas quoi dire. Il avait peur mais en même temps, il savait que cette voix avait raison.

- Vous savez… votre raison et votre passion sont le gouvernail et les voiles de votre âme qui navigue de port en port. Si votre gouvernail ou vos voiles se brisent vous ne pouvez qu'être ballotté et aller à la dérive ou rester ancré au milieu de la mer. Car la raison régnant seule est une force qui brise tout élan. Et la passion livrée à elle-même est une flamme qui se consume jusqu'à sa propre extinction.

Bien que la plupart des mots qui venait d’être prononcés n’étaient pas encore dans le court répertoire de Rei, celui-ci avait comprit le sens. Mais… comment pouvait-il s’échapper du Faucon Doré… et rester en vie à travers les eaux froides et dangereuses d’Altala ? C’était insensé, et ça l’était encore plus pour un garçon de 8 ans. Et de toute façon… qui était cette voix pour lui donner des conseils ? Il espérait quoi ? Que Rei se lève, détruise les barreaux d’un seul coup de poing et retrouve le navire de son père ?

- J’espère que mes conseils te seront utiles… fit la voix. Nous nous reverrons sûrement… un jour…

Puis, le dernier mot sembla résonner à travers la calle et désormais, les seuls bruits qu’on pouvait entendre étaient le mouvement des vagues, à l’extérieur. Rei resta là, toujours adossé contre sa cellule, à fixer le vide. Qu’est-ce qui venait de se passer ? Quelqu’un venait de lui parler… et ce quelqu’un était peut-être un esprit… enfin, à ce qu’avait comprit Rei. Celui-ci se prit la tête à deux mains en se laissant tomber sur le sol. La solitude l’avait-elle rendu fou à un point d’imaginer des voix ? Non… même à 8 ans, le jeune brun se considérait comme quelqu’un de lucide. Puis, à travers ses pensées, et tout ce flot de questionnements, le petit pirate s’endormit, couché en boule, dans un sommeil sans fin et en aucun cas reposant.

Le lendemain, aux petites heures du matin, une voix forte et imposante se leva à travers tout le navire. C’était, comme d’habitude, celle de Jale. Il se trimbalait un peu partout, annonçant d’une manière peu invitante ses matelots à se réveiller. C’était souvent à ce moment que Rei se rendormait, mais là, quelque chose l’en empêcha.

- Hé… petit !

Le jeune brun eu une soudaine impression de déjà vu ou déjà entendu. Toujours couché sur le ventre, face contre sol, il leva légèrement la tête en direction de cette voix qui venait de l’interpeller. Un vieil homme se tenait là, accroupit, presque à la hauteur de Rei. Il n’était habillé que de quelques morceaux de tissus. Il avait de longs cheveux poivres et sels qui sortaient de son grand chapeau de pirate triangulaire. Ses yeux n’avaient pas l’air d’être du même avis puisque l’un regardait à gauche tandis que l’autre en direction de Rei. Il n’avait qu’une seule dent, et c’était une molaire, qu’on apercevait à peine au fin fond de sa « gueule ». Ce vieux puait, de partout, et à chaque respiration, Rei sentait une odeur de vieille truite en décomposition.

Puis, sans prévenir, le vieux se mit à rire. On aurait pu croire que sa mâchoire allait le lâcher tellement il riait et surtout vue son âge et son apparence. Son rire ressemblait à plusieurs cris de souris mit les uns par-dessus les autre. Un rire bruyant mais surtout agaçant. Il se balançait d’avant en arrière en se tenant les jambes qui étaient repliés sur elles-mêmes.

- Je t’ai bien eu non ?! s’exclama-t-il à travers deux rires. Ne croyais-tu pas qu’un esprit s’offrait à toi ? Qu’un homme venant de l’au-delà te guidait ?! T’aidais ?

Rei se leva enfin, regardant le vieil homme de ses yeux mi-clos. Cette voix lui disait quelque chose… mais qui était-il ? Le jeune Skylow ne réfléchit pas très longtemps pour enfin se rendre compte de qui il s’agissait. C’était lui, qui lui avait dit tous ces choses la nuit précédente. L’apprentie pirate se sentit d’un coup un peu honteux. Il avait cru que cette voix était, comme le vieux venait de le dire, un esprit… mais quel con il faisait !

- Donc… fit Rei, d’une voix matinale. C’est vous qui m’avez parlé cette nuit ? En me vouvoyant… et en me racontant ma vie ? - En effet ! répondit le vieil homme, qui ne tenait plus sur place, toujours en train de rire. Au fait ! J’ai oublié de me présenter ! fit-il, en se levant brusquement. Mon nom est Maddy Gibbs, mais on m’appelle Maddy l’érudit. - Maddy l’érudit… ? - Et oui petit ! Parce que je suis intelligent et sage !

Lui… ? Ce vieux là ? Qui ne faisait que rire depuis 5 minutes et qui puait le rat ? Un pirate… intelligent… et sage ? Rei se leva, avec peine et s’adossa contre les barreaux de sa cellule. Il fronça les sourcils en fixant Maddy.

- Ouai… fit-il, arrogamment. Si toi t’es intelligent, je me demande bien ce que moi je suis ! - Toi ?! T’es un Skylow mon gars ! Et je ne sais pas pourquoi tu déprimes dans cette cellule… mais, en ce moment, tu as l’air de tous, sauf un pirate !

Ce vieux commençait sérieusement à l’énerver. Mais qui était-il au juste ? Oui… un pirate se surnommant Maddy l’érudit… mais à pars ça ? Pourquoi savait-il tant de choses sur Rei ? Il venait dans cette calle pour le narguer ? Pour lui faire péter un plomb ? Non parce que si c’était ça, il s’y prenait plutôt bien.

- Écoute vieux débris ! explosa Rei. Si tu me parles encore une fois de mes origines ou du fait que je dois être un bon pirate, je t’explose la tête ! Compris ?!

La seule réaction de Maddy, fut d’éclater de rire. Là, vraiment, il venait de toucher sérieusement l’orgueil du petit pirate. Mais pour qui se prenait-il ? À rester là, debout et à rire d’un petit garçon qui allait se faire exécuter aujourd’hui… franchement Rei aurait préféré qu’il lui emmène quelque chose à manger.

- Et comment tu vas t’y prendre pour m’exploser la tête ? demanda Maddy, toujours en riant. Tu sais mon gars… le Capitaine Anam en a assez de te garder. Et tu dois le savoir déjà, il veut te faire subir la planche aujourd’hui même. Alors écoute moi bien petit… si tu ne veux pas finir déchiqueté par les requins, tu devrais m’écouter.

Oui, Rei en avait entendu parler… de son… exécution. À croire que sacrifier quelques pommes et quelques biscuits de marins étaient beaucoup trop pour un pirate. Le petit pirate était fatigué, à bout de force et surtout avait de plus en plus faim. D’ailleurs l’état pitoyable dans lequel il était le prouvait. Il en avait assez de tout ça… même qu’il aurait peut-être préféré mourir plutôt que de continuer comme ça. Mais là… un vieux se présentait sous le nom de Maddy L’érudit et prétendait savoir comment le « sauver ». Qu’auriez-vous fait vous… ? Rei lui, de toute façon, n’avait plus rien à perdre et, par sa forme physique qu’il avait présentement, il ne se sentait pas capable de réfléchir quelques secondes de plus. Le petit s’avança doucement, car il se méfiait, vers Maddy et appuya son visage sales et « fatigué » sur les barreaux.

- Je t’écoute… vieux débris…

Maddy éclata encore une fois de son rire aigu et silencieux et élargit son sourire, pas très beau, qui était resté plaqué sur son visage tout le long de la conversation. Ainsi ce petit Skylow lui faisait confiance… erreur… ? Maddy ria encore une dernière fois et agrippa soudainement le col du jeune pirate en l’amenant vers lui à travers les barreaux et soufflant son haleine putride vers le visage de Rei. Celui-ci grimaça en fermant les yeux tellement ce vieux avait mauvaise haleine. À peine eut-il le temps de les ouvrir qu’il vit le manche d’un pistolet lui frapper la tête à vive allure le plongeant, encore une fois dans l’inconscience. Les rires de Maddy résonnaient maintenant en écho dans la tête, amochée, du pauvre petit pirate.

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